Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

FAISONS NOTRE AUTO-CRITIQUE (il est temps)

En 1962, parut un livre qui fit scandale : « L’Afrique noire est mal partie », du regretté René Dumont. Nous pouvons, hélas, et en paraphrasant à peine, appliquer le constat à la Tunisie (et, très certainement, à d’autres pays du Tiers-monde) : La Tunisie est mal partie

Résumons l’histoire de ce pays : formé, à l’origine, de tribus souvent antagonistes, mais parlant approximativement un même langage non écrit (probablement l’amazigh), il subit, à maintes reprises, des envahisseurs qui se sont installés dans telle ou telle région (Phéniciens sur la côte avec beaucoup de ports [ce sont eux qui fondèrent Bizerte et qui ont laissé quelques vestiges enfouis au bord du lac], puis les romains qui occupèrent tout le pays [et laissèrent d’imposants vestiges un peu partout], les Vandales [qui introduisirent le goût de la mer dans les régions côtières de Monastir et Mahdia], puis encore les Romains, suivis par les Arabes, dont la religion se répandit ici, puis les Turcs qui importèrent leurs luttes contre les Etats européens, enfin les Français qui nous firent découvrir la révolution industrielle) De cette histoire se dégage une constante : les populations autochtones se sont, chaque fois, laissé faire (à part les exceptions de Koceila et de La Kahena), et notre histoire se confond avec celle des envahisseurs (toute victoire est considérée comme celle de l’occupant, et tout revers est traité de façon similaire, relire l’histoire avec cette optique, par exemple : la bataille de Zama fut une victoire des Romains contre les Phéniciens, et non contre les Tunisiens qu’on ne considérait pas ; en 1881, la France n’a pas pris Bizerte aux Tunisiens, mais aux Turcs, etc.). C’est donc la première fois que cette nation est appelée à se prendre en main. D’ailleurs les vestiges en Tunisie sont les traces que les conquérants laissèrent ici : aqueduc romain, ruines romaines, colisée romain, mosquées arabes, andalouses ou turques, ponts turcs, forts espagnols, viaducs et ports/villes français, etc. Aujourd’hui ces vestiges sont nôtres, mais ce peuple n’en a pas produit. Cela a donné à notre population un caractère particulier : ce pays est le creuset de plusieurs envahisseurs successifs (romains, espagnols, arabes, turcs, français, etc.) comme on peut le voir sur les patronymes (de Essouri à Turki, en passant par Lengliz, Naboultane, Balma ou Darghouth). Un peu comme les Etats-Unis d’Amérique (et d’autres pays). Ce que sera certainement la planète un jour. Tous ces envahisseurs, à de rares exceptions près, ont tenu la population indigène à l’écart, laissant les autochtones au stade où ils les ont trouvés. Mais, comme l’écrivait Ernest Renan : « « Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ou d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir »

 Certes, la présence d’occupant a, à chaque fois, laissé des traces de durées plus ou moins longues : changement de religion ou de langue (par exemple, la religion musulmane, apportée par les occupants arabes, en est une illustration), mais, à la longue cette trace évolue ou disparait (la détérioration actuelle de la qualité de l’enseignement en est l’illustration la plus évidente). Mais le peuple tunisien actuel est différent de celui du XIXème siècle, occupé par les Turcs : n’étant plus coupé du monde, il veut « vivre avec son temps », prôner l’égalité des sexes, participer au savoir et avoir les loisirs que son environnement lui permet. C’est le résultat, peut-être provisoire, de l’occupation française, qui dura quelque 80 ans, dernière vicissitude.

Nouvel état, n’ayant jamais été libre, la Tunisie est, depuis 1956, à la croisée des chemins : à quel occupant doit-elle référer ses valeurs (certains ont disparu : anciens Grecs et Phéniciens, par exemple, le reliquat ayant fortement évolué : Romains, Espagnols, Arabes, Turcs, Français, par exemple) ?

On peut aisément admettre que le Tunisien n’ait aucune (ou très peu d’) activité liée à la neige ou la glace : le climat ne le permet pas. On imagine donc très mal nos skieurs (s’il y en avait) rivaliser avec J-C Killy ou d’autres champions de ski. Sur un autre plan, il est explicable que la Tunisie ait peu de tennismen ou women, ne pratique pas le baseball, le rugby, la Formule 1 ou le cricket, pour diverses raisons (ces sports ont du mal à percer dans d’autres pays plus développés). Mais il est inadmissible que la Tunisie d’aujourd’hui n’ait qu’une activité nautique très limitée. Le Lac de Bizerte, plan d’eau remarquable, reste tristement vide depuis le départ des colons français : plus de voile ni de concours de natation, ni de pêche. L’Académie navale, installée sur ses bords, n’a pas, à ma connaissance, de club de voile et/ou d’aviron (l’unique fois où j’y fus invité à une fête de fin d’année, j’avais proposé au commandant de l’Académie de remettre le « prix de voile » : cela déplut au Commandant qui me déclara : « nos programmes scientifiques ne nous permettent pas de faire perdre du temps aux élèves ». « Ainsi, pour des futurs marins, faire de la voile serait une « perte de temps », Nelson doit se retourner dans sa tombe », déclarais-je au Commandant. Résultat : je ne fus plus jamais invité à aucun évènement de l’Académie navale [pas de prix de voile ou aviron à remettre], ni même à y enseigner quelque matière que ce soit). D’autant plus que la mer est une source de richesses vivantes ou sédimentaires. D’ailleurs on ne peut que constater : Bizerte et Menzel-Bourguiba ignorent le Lac de Bizerte (à comparer aux pays ayant des lacs similaires, tels la Croatie ou le Canada).

 Cette détérioration de la science chez nos compatriotes n’est pas, malheureusement, particulière à la Tunisie : elle est le lot de la plupart des (si ce n’est : tous les) pays récemment décolonisés. Cela était probablement inévitable, les anciens colonisateurs ayant favorisé la prise du pouvoir de « médiocres » soumis dans leurs anciennes colonies, afin de continuer à en tirer profit (il est difficile, sinon impossible, d’en sortir, l’ex-colonie devenant de plus en plus inculte sous la conduite de ces mêmes favorisés, voir le cas de l’Arabie)

Le Lac de Bizerte appartient à une région de Tunisie qui fut nettement oubliée par les hommes politiques de la prime indépendance, népotisme oblige. Pourtant, en 1945, Robert Tintouin, géographe méconnu amoureux de l’Afrique du Nord, écrivait : « Ces indices hydrocarbures sont particulièrement nombreux dans la Tunisie du Nord et du Nord-Ouest ajoutant aux indices de bitume du Cap Blanc et de Bizerte notamment dans la Kroumirie et la région de Bizerte (Djebel Kebir) ». Mais nous ne pouvons pardonner aux enfants de cette région d’avoir ignoré la mise en valeur de leur environnement, car c’est toute la Tunisie qui en aurait tiré profit.

 Le retard qu’a pris notre pays sur les avancées technologiques accessibles (car certaines ne le sont pas) est très profond → Cela fait grincer les dents à nos compatriotes confrontés aux choses les plus communes des pays développés. Le « transfert de technologie », si cher à nos diplomates, restera un vœu pieux tant que nous ne ferons pas d’effort réel sur notre enseignement et sur nous-mêmes en changeant carrément notre mentalité. Comment expliquer que notre pays, maintes fois occupé par des peuples qui ont quelque chose à nous apprendre, n’ait jamais profité de ce savoir, venu à lui de loin ? Exemple : les Romains (durée d’occupation = 8 siècles) étaient maîtres en urbanisme et en architecture, pourtant il n’y a aucun vestige de quelque monument que ce soit, qui aurait été inspiré de ce savoir faire. D’ailleurs, notre école d’architecture ne semble pas, au contraire de ses homologues italiens pour les thermes de Caracalla, s’être intéressée aux secrets des Thermes d’Antonin. Nos diplomates eux-mêmes, dont venons de parler, préfèrent assister eux-mêmes à des conférences internationales où en face, sont présents des spécialistes, laissant dans l’ignorance nos propres spécialistes (il m’a fallu remonter au premier ministre pour qu’on inclut la faculté de droit aux négociations sur le droit de la mer et on a dû supporter un diplomate représentant la Tunisie à la commission sur la protection du milieu marin, où il faisait face à des spécialistes américains, russes, britanniques, japonais, etc.).

Partager cet article

Repost 0