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      En 1979, alors que j’étais sous-chef d’état-major de la Marine, basé à La Pêcherie, on me signale de la porte principale qu’une dame âgée française souhaitait visiter l’ancienne amirauté de la Pêcherie. Reçue dans mon bureau, cette dame se présenta comme fille de l’amiral Derrien, ayant passé sa petite jeunesse à La Pêcherie, et, voulant revoir les lieux de son enfance, souhaitait être autorisée à visiter ce lieu de ses meilleures années : l’Amirauté.

Je ne pouvais pas, évidemment, exclure que cela fût une mission d’espionnage de la France, quoiqu’Etat « ami », ou d’un autre Etat. D’un autre côté, la dame pouvait être sincère, et dans ces conditions, il aurait été cruel de la priver d’une satisfaction morale dont la Tunisie lui était redevable . Je ne pouvais pas lui avouer que, moi-même, je ne connaissais pas ce lieu, l’Amirauté étant devenue un « palais présidentiel ». Finalement, y voyant l’occasion d’apprécier les moyens de protection de ce palais, je me résolus à accompagner la dame (avec des dispositions discrètes), et je pus constater son émotion, qui avait l’air sincère. (Je me suis bien gardé de dire à cette dame que le cas de son père est un grand sujet de réflexion pour tout militaire : il fut condamné aux travaux forcés, où il mourut, parce qu’il avait, fidèlement, exécuté les ordres de son gouvernement, malgré ses convictions contraires). Je n’éprouve aucun regret de l’avoir fait, car cela m’avait donné l’occasion de rendre hommage à la Marine française qui avait fait de ce lac ce qu’il est devenu . J’avais dit à cette dame que son père, comme Okba, Dragut et Sadok Bey, appartient aussi à l’histoire de mon pays, quoiqu’étranger.

 

 

 

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